Guide parental

Le Royaume des Émotions

Des repères simples et bienveillants pour faire de chaque partie un moment d'écoute, de confiance et de découverte de soi.

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1 · Donner du sens

Pourquoi accompagner son enfant émotionnellement ?

Une émotion n'est ni bonne ni mauvaise. Elle transmet un message : quelque chose nous plaît, nous inquiète, nous blesse, nous met en colère ou nous rend fiers. Pourtant, pour un enfant, reconnaître ce qu'il ressent et l'exprimer clairement est loin d'être évident.

Lorsqu'une émotion est trop forte ou difficile à comprendre, elle peut se manifester autrement : par des cris, des pleurs, du retrait, de l'agitation, de l'opposition ou des réactions qui semblent disproportionnées. L'enfant ne cherche pas nécessairement à mal agir. Il ne possède simplement pas encore toujours les mots et les outils pour expliquer ce qui se passe en lui.

Accompagner un enfant émotionnellement ne signifie pas supprimer ses émotions, résoudre tous ses problèmes à sa place ou accepter tous ses comportements. Il s'agit de l'aider progressivement à comprendre son expérience et à trouver des façons plus adaptées de l'exprimer.

Le but du jeu n'est pas d'obtenir une réponse parfaite. Le Royaume des Émotions crée un espace ludique où l'enfant peut réfléchir, parler à son rythme et se sentir écouté sans être jugé.

2 · Grandir peu à peu

Ce que l'enfant apprend grâce à cet accompagnement

Ces compétences se construisent dans le temps, à travers les échanges, les expériences quotidiennes et l'exemple donné par les adultes.

👀

Reconnaître

Repérer les sensations et les signes qui accompagnent une émotion.

💬

Nommer

Enrichir son vocabulaire pour préciser ce qu'il ressent.

🔎

Comprendre

Faire le lien entre une situation, une pensée, un besoin et une émotion.

🗣️

Exprimer

Dire ce qui se passe en soi sans blesser ni se mettre en danger.

🧭

Chercher des solutions

Découvrir plusieurs manières de traverser une émotion forte.

🤝

Comprendre les autres

Développer l'écoute, l'empathie et le respect des différences.

3 · Votre place

Le rôle de l'adulte

Vous n'avez pas besoin d'être spécialiste. Pendant la partie, vous êtes surtout un repère calme et curieux : vous garantissez un cadre sûr, vous écoutez et vous montrez qu'il est possible de parler des émotions simplement.

  • Participez vous aussi et partagez des exemples adaptés à l'âge de l'enfant.
  • Accueillez les mots employés, même s'ils ne sont pas encore très précis.
  • Distinguez l'émotion du comportement : toutes les émotions sont permises, tous les gestes ne le sont pas.
  • Évitez l'interrogatoire et laissez des silences lorsque l'enfant cherche ses mots.
  • Ne comparez pas les réponses entre frères, sœurs ou joueurs.

4 · Avant de jouer

Préparer une partie propice à la parole

  1. Choisissez un moment disponible. Évitez de lancer une partie au cœur d'un conflit ou lorsque tout le monde est pressé.
  2. Installez un cadre confortable. Un endroit calme, sans écran allumé ni distraction, facilite l'écoute.
  3. Annoncez le droit de passer. Chacun peut dire « je passe » sans devoir se justifier.
  4. Gardez une durée légère. Dix minutes de qualité valent mieux qu'une longue partie qui fatigue l'enfant.

5 · Le cadre commun

Les trois règles essentielles

1

Ne pas juger

Une réponse n'est ni ridicule, ni mauvaise, ni « trop ». On peut penser et ressentir différemment.

2

Répondre sincèrement

On peut chercher ses mots, changer d'avis ou dire qu'on ne sait pas encore.

3

Prendre le temps

On écoute jusqu'au bout, sans couper la parole ni finir la phrase de l'autre.

6 · Pendant l'échange

Comment accueillir les réponses

  1. Écouter. Regardez l'enfant, laissez-le terminer et résistez à l'envie de corriger immédiatement.
  2. Reformuler. Redites l'essentiel avec des mots simples pour vérifier que vous avez compris.
  3. Valider l'émotion. Reconnaissez ce qu'il ressent, sans forcément approuver le comportement.
  4. Ouvrir une piste. Demandez ce qui pourrait aider ou proposez deux possibilités concrètes.
À éviter
À essayer
« Ce n'est rien, ne pleure pas. »
« Je vois que cela t'a beaucoup touché. Tu veux m'en parler ? »
« Tu n'as aucune raison d'avoir peur. »
« Tu as eu peur. Qu'est-ce qui t'a semblé inquiétant ? »
« Arrête de te mettre en colère. »
« Tu as le droit d'être en colère. Je ne peux pas te laisser frapper. Que peut-on faire à la place ? »
« Mais non, tu es content ! »
« J'avais imaginé que tu serais content, mais toi tu le vis autrement. »

Questions de relance possibles

Où le sens-tu dans ton corps ?Qu'est-ce qui s'est passé juste avant ?De quoi aurais-tu besoin ?Qu'est-ce qui pourrait t'aider ?As-tu déjà ressenti cela auparavant ?Veux-tu que je t'écoute ou que je t'aide à chercher une solution ?

7 · La liberté de parler

Si l'enfant ne veut pas répondre

Ne pas répondre est aussi une façon de poser une limite. Forcer une confidence fragilise la confiance que le jeu cherche justement à créer.

  • Acceptez simplement : « D'accord, tu peux passer. »
  • Proposez de répondre avec un geste, une couleur, une carte ou un seul mot.
  • Répondez vous-même en premier pour donner un exemple.
  • Revenez à une question plus légère ou arrêtez la partie si la fatigue se fait sentir.
  • Laissez la porte ouverte : « Tu pourras m'en reparler plus tard si tu veux. »

8 · S'adapter

Des repères selon l'âge

5–6 ansFaire simple et concret

Une question à la fois. Aidez-vous des expressions du visage, du corps et de situations très proches du quotidien. Acceptez une réponse courte.

7–8 ansRelier émotion et situation

Invitez l'enfant à raconter ce qui s'est passé, ce qu'il a pensé et ce qui l'aurait aidé. Proposez plusieurs mots si nécessaire.

9–10 ansNuancer et changer de point de vue

Explorez les émotions mêlées, l'intensité et le regard des autres. L'enfant peut imaginer plusieurs réactions possibles.

L'âge n'est qu'un repère. Adaptez surtout la durée, le vocabulaire et la profondeur des questions à l'enfant que vous avez devant vous.

9 · Renouveler les parties

Six variantes pour jouer autrement

🎨 La météo intérieure

Choisissez une carte qui représente votre émotion du moment et expliquez-la en une phrase.

🎭 Le mime émotion

Mimez une émotion sans parler. Les autres la devinent puis expliquent quels indices les ont aidés.

📖 L'histoire à plusieurs

Inventez ensemble une courte histoire dans laquelle le personnage traverse deux ou trois émotions.

🔄 À ta place

Choisissez une situation et imaginez ce que différents personnages pourraient ressentir.

🌡️ Le thermomètre

Évaluez l'intensité d'une émotion de 1 à 5, puis cherchez ce qui pourrait la faire monter ou descendre.

🧰 La boîte à solutions

Pour une émotion choisie, trouvez chacun une idée qui pourrait aider sans chercher une seule « bonne » réponse.

10 · Après la partie

Prolonger l'apprentissage au quotidien

  • Nommez vos propres émotions de façon mesurée : « Je suis déçu, je vais prendre un moment pour respirer. »
  • Créez un petit rituel du soir : une émotion agréable, une émotion difficile et un besoin.
  • Repérez les émotions des personnages dans les livres ou les films et cherchez les indices.
  • Constituez en famille une liste de ressources : bouger, dessiner, demander un câlin, s'isoler un instant, parler.
  • Revenez plus tard sur une situation difficile lorsque chacun a retrouvé son calme.

11 · Prendre soin

Quand une situation sensible apparaît

Une carte peut parfois faire remonter un souvenir difficile. Ralentissez, remerciez l'enfant pour sa confiance et restez présent. Il n'est pas nécessaire de tout résoudre pendant la partie.

Le jeu ne remplace pas un accompagnement professionnel. Si une émotion intense revient souvent, dure dans le temps, perturbe fortement le sommeil, l'école ou la vie familiale, ou si l'enfant évoque une situation de danger, demandez conseil à un professionnel qualifié. En cas de danger immédiat, contactez les services d'urgence compétents.

12 · Questions fréquentes

Pour vous guider pendant les premières parties

Combien de temps doit durer une partie ?

Il n'y a pas de durée idéale. Commencez par 10 à 15 minutes et arrêtez lorsque l'attention baisse. Une seule carte peut déjà ouvrir un échange riche.

Faut-il corriger une émotion mal nommée ?

Commencez par accueillir l'idée. Vous pouvez ensuite proposer doucement d'autres mots : « Tu dis que tu étais en colère. Est-ce qu'il y avait aussi un peu de déception ou de peur ? »

Dois-je répondre aux questions moi aussi ?

Oui, lorsque cela reste adapté à l'âge de l'enfant. Votre exemple montre que les adultes aussi vivent des émotions et peuvent en parler sans honte.

Que faire si les enfants se moquent entre eux ?

Arrêtez l'échange et rappelez la règle de non-jugement. Reformulez clairement le cadre avant de reprendre. Si cela continue, terminez la partie sans dramatiser.

Peut-on jouer en classe ou en groupe ?

Oui. Privilégiez des questions peu intimes, rappelez le droit de passer et évitez de demander à un enfant de dévoiler une expérience personnelle devant le groupe.

Peut-on utiliser le jeu pendant une colère ?

Dans le pic de l'émotion, la priorité est la sécurité et le retour au calme. Le jeu sera plus utile plus tard, pour revenir sur l'expérience sans pression.

Une partie après l'autre

Chaque échange aide l'enfant à mieux se connaître et renforce la confiance au sein de la famille. Il n'y a rien à réussir : seulement un espace à ouvrir.